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Un peu d'histoire sur Navigo
Benoît BOUTE : au début des années 2000, après des études menées par la RATP et la SNCF, nous avons créé la carte Navigo intégrant une technologie qui soit acceptée par l'ensemble des transporteurs de la région. C'était les débuts de la télébillettique et de la technologie du sans contact en visant en premier lieu les titres de transports qui généraient le plus de déplacements comme la « carte Intégrale » en 2001, suivie l'année suivante par la « carte Imagine'R ». L'objectif était de diminuer massivement l'usage du magnétique. Nous avons migré tous les forfaits sur Navigo jusqu'en 2008. Aujourd'hui, 80% des voyages sont effectués avec une carte Navigo.
Il reste encore aujourd'hui en technologie magnétique, les tickets + (Métro, bus, tram), les billets « Origine Destination », des forfaits courts et quelques titres pour des publics spécifiques... Un ensemble de titres qui sont appelés à migrer vers la télébillettique.

Comment s'est faite la transition de la billettique à la télébillettique ?
Benoît Boute : On s'est attaqué à ces titres au milieu des années 2010 avec un programme ambitieux démarré en 2014-2015 : le « programme de modernisation de la billettique » qui vise à la fin du billet magnétique pour ces titres après un plan d'investissement massif dans la billettique et la construction de services et de canaux de distribution adaptés aux clients qui utilisent aujourd'hui ces titres.

Concrètement pour être capable de faire cohabiter sur une même carte sans contact ou un téléphone des titres aussi disparates que les tickets t+ ou orgine destination, il va falloir mettre en place un système de tarification à l'usage avec une validation en entrée et en sortie pour faire payer à l'usager le déplacement qu'il a réellement effectué au juste prix. Ce mode tarifaire, prépayé ou post-payé sera disponible soit sous la forme d'un porte-monnaie transport, ou d'un dispositif rattaché à un compte central qui permettra à une personne de recevoir une facture correspondant à sa mobilité en fin de journée, de semaine ou de mois. Cela permettra de tarifer cette mobilité avec des règles qui correspondront aux clients et qui permettront de valoriser l'ensemble de ses déplacements pour lui présenter une facture globale.

La nouvelle dénomination « Ile de France Mobilités » montre bien que l'on a élargi nos compétences dans les transports publics à l'ensemble du domaine de la mobilité. La loi nous a donné une compétence dans l'auto partage, le co-voiturage, les vélos en libre-service, etc. Ce système de tarification à l'usage est l'occasion de se poser la question d'intégrer ces mobilités alternatives à la facture globale de mobilité de l'usager. C'est une première étape d'un concept de MaaS (mobilité servicielle) à l'échelle de l'Ile-de-France.

On parle aujourd'hui du « Smart Navigo » ? Est-ce la disparition du support Carte au profit du téléphone mobile ?
Benoît Boute : Non. Il s'agit d'un nom générique qui englobe l'ensemble des évolutions des supports, des canaux de distribution, et des services que l'on développe dans notre programme de modernisation de la billettique.
Le « smart Navigo » ne sera pas disponible que sur téléphone mobile. Ce sera une facilité complémentaire qui sera proposée aux clients. D'ailleurs, nous allons créer en début 2019 une nouvelle carte sans contact qui permettra aux usagers d'y charger des tickets et qui se transformer en porte-monnaie transport quand nous aurons pu mettre en place avec la RATP et la SNCF la validation de sortie sur le réseau ferré.

Comment Navigo sera-t-il intégré au téléphone mobile ?
Benoît Boute : Nous avons fait un choix qui s'appuie sur l'utilisation de la SIM présente dans tous les téléphones mobiles. Les usagers pourront s'adresser aux opérateurs de téléphonie mobile qui leur mettront à disposition des cartes SIM compatibles NFC, qui pourront héberger l'application transport Navigo.

Le téléphone mobile offre plusieurs avantages : c'est un « compagnon de mobilité » qui informe les voyageurs, et demain il deviendra un « distributeur automatique ». L'usage, muni d'un téléphone mobile aura un véritable automate de distribution lui permettant de souscrire à un certain nombre de services et d'acheter des titres de transport, évitant ainsi les queues devant les automates. Pour charger son support, il lui suffira de placer sa carte au dos de son téléphone NFC pour matérialiser le titre de transport. On voit bien le service que cela peut rendre pour les occasionnels qui arrivent en Ile-de-France par le train et ont besoin d'un ticket de métro ou les voyageurs réguliers qui ne connaîtront plus la contrainte du rechargement sur automate en début de mois.
Autre avantage : pour les personnes qui possèdent un téléphone comportant une SIM compatible, elles pourront directement émuler leur carte Navigo avec le téléphone qui sera reconnu sur tous les valideurs des opérateurs de transport et certains autres services.

Vous êtes en réalité SIM Centric.
Benoît Boute. L'avantage d'être SIM Centric est de bénéficier de la sécurité de la carte SIM, de permettre des traitements en mode offline et un modèle technique et de risque qui ne change pas notre gestion actuelle. Par contre, il nécessite de trouver des accords avec les opérateurs de télécoms qu'il faut rémunérer. Cela ne sera possible que pour les clients de certains opérateurs français de téléphonie mobile. C'est une limitation qu'il nous faudra résoudre vis à vis des étrangers, notamment pour les Jeux Olympiques en 2024 à Paris. Aujourd'hui, 36 millions de touristes visitent l'Ile de France parmi lesquels 20 millions empruntent les transports en commun.

Quel est le calendrier ?
Benoît Boute: Nous cherchons à lancer la commercialisation de ces nouveaux services sur téléphone mobile à l'été 2019. L'application permettra l'utilisation du téléphone comme substitut de l'automate de distribution ou pour remplacer le support carte. Pour y parvenir, nous prévoyons avec les transporteurs une expérimentation dès 2018 sur une partie de notre clientèle afin de caler le dispositif, notamment avec les opérateurs de téléphonie qui seront prêts à délivrer des SIM compatibles NFC.

Et l'AMC ?
Benoît Boute: Nous nous sommes intéressés à l'AMC pour plusieurs raisons. D'abord, parce que nous sommes sollicités sur des projets de mobilité élargie à plusieurs moyens de déplacement. C'est l'un des domaines de compétences qui est visible avec la nouvelle marque Ile de France Mobilités, exprimant la volonté d'aller au delà du transport public traditionnel. Il s'agit également d'une montée en gamme du système Navigo en l'ouvrant à d'autres moyens de déplacement, y compris avec des partenaires comme les taxis, les opérateurs de co-voiturage, etc. Il s'agit de transformer Navigo en véritable « carte de la mobilité en Ile de France ». Encore faut-il tenir compte de l'avis de la CNIL qui demande à ce que l'identifiant transport ne puisse être utilisé par des partenaires privés pour d'autres cas d'usages.
Récemment, nous avons lancé une démarche avec les opérateurs du co-voiturage pour promouvoir cette mobilité. Pour développer de nouveaux cas d'usage, il est nécessaire d'étendre les fonctionnalités techniques de la carte Navigo. AMC peut apporter une solution sur ces sujets de mobilité, mais aussi sur d'autres sujets sur lesquels nous sommes sollicités comme la création d'un City Pass, mêlant transports et accès à une offre culturelle. Les cartes Navigo que nous allons faire concevoir dans le cadre des nouveaux marchés avec nos prestataires pourront porter l'AMC.
Les nouvelles cartes de transport vont porter la marque Ile-de-France Mobilités, ce sera l'occasion d'en étendre l'usage à d'autres mobilités grâce à l'AMC. Nous allons donc progressivement l'intégrer dans l'ensemble des cartes émises en Ile-de-France, à la fois pour les abonnés, mais également pour les nouvelles cartes que l'on va commencer à déployer dès 2019 et qui seront les précurseurs des futurs porte-monnaie. En plus des cartes personnalisées existant actuellement pour les abonnés, nous disposerons de cartes non personnalisées et cessibles, rechargeables et utilisables par des clients occasionnels. Je souhaite que l'on puisse donner la faculté à des tiers d'utiliser nos cartes pour y intégrer des bouquets de service de mobilité durable (co-voiturage, autopartage, location de vélos...). Il nous faudra créer des cas d'usage avec une combinaison de services, de parcours clients simplifiés, etc. C'est pour cette raison qu'Ile-de-France Mobilités acquiert actuellement un nouveau système central billettique qui contribuera, avec de nouveaux services intermodaux, une tarification adaptée, et un accès facilité à plusieurs formes de mobilité de faire basculer l'automobiliste vers de nouvelles formes de mobilité.
Pour les occasionnels, on verra peut-être émerger de nouveaux opérateurs de distribution qui assembleront des offres à valeur ajoutée à partir de la carte de transport. Je pense en premier lieu aux opérateurs dans le secteur touristique. On travaille à un premier « titre combiné » qui pourrait être émis à l'occasion de l'été 2018 et être distribué et être médiatisé à l'occasion de la Ryder Cup 2018 qui aura lieu du 28 au 30 septembre 2018 au Golf national de Saint-Quentin-en-Yvelines.